• Mar 2, 2026

L'IA sans limite est du bruit : pourquoi je m'arrête après 30 minutes

Temps de lecture : 6 minutes

Un de mes mentorés m'a raconté quelque chose l’autre jour.

Il avait demandé à un ami de limiter ses recommandations et nouvelles idées dans leurs conversations. Pas parce que l'ami était ennuyeux. Bien au contraire, parce que le flux d'idées le débordait. Il n'arrivait plus à agir sur ce qu'il recevait. Cela l’angoissait.

J'ai pensé à moi en l'écoutant. Et à ma nouvelle « relation » avec l'IA.

Je pourrais y passer des heures

L'IA me fascine. Quand j'ouvre une conversation sur un sujet qui m'intéresse, je pourrais continuer pendant des heures. La matière est inépuisable, les angles se multiplient, chaque réponse ouvre des nouvelles directions. Il y a un côté magique qui satisfait quelque chose en moi.

Et pourtant je m'arrête. Rapidement. Pas par manque d'intérêt, mais parce que j'ai appris ce qui se passe quand je ne m'arrête pas.

Ce qui sort d'une session trop longue est trop grand pour moi. Trop de matière, trop d'idées, trop de directions possibles. Je me retrouve avec un document dense que je ne sais plus comment intégrer. Rien n'est actionnable parce que tout l'est en même temps.

30 minutes concentrées produisent quelque chose que je peux utiliser dans la journée, voire pendant plusieurs jours. Davantage produit quelque chose que j'archive sans jamais y revenir.

Le « moi d'avant » ne savait pas s'arrêter

Ce n'est pas une discipline que j'ai toujours eue.

Quand je découvre un sujet qui m'intéresse, j'ai tendance à m'y immerger complètement. L'investissement immobilier, le human design, l'astrologie, la cryptomonnaie. À chaque fois, des heures et des heures à tout lire, tout comprendre, tout cartographier avant même d'avoir fait quoi que ce soit.

C’était une façon de fonctionner qui a eu des avantages. Elle m'a permis de comprendre des sujets en profondeur rapidement. Mais elle a aussi eu un coût : l'épuisement par la consommation, avant même d'être passée à l'action.

L'IA m’a donc paru dangereuse dès les premières utilisations. Jamais à court de matière, jamais de fin naturelle à la conversation (sauf l’épuisement des tokens disponibles). Si personne ne m'arrête, je continue.

La fatigue change tout

Ce que j'ai compris progressivement, c'est que ma capacité à bien consommer l'IA dépend directement de mon état mental au moment où je l'ouvre.

Pendant les années où je gérais encore l’opérationnel de mes gîtes moi-même, je finissais mes journées avec une fatigue mentale déjà installée. Dans cet état, l'IA devenait contre-productive. Je n'avais plus la capacité de trier, de prioriser, de décider quoi faire de ce qu'elle produisait. Je consommais sans digérer. La matière s'empilait sur une fatigue déjà là.

Depuis que j'ai délégué complètement la gestion des gîtes (à l’automne 2025), j'ai récupéré un espace mental. Et ma façon d'utiliser l'IA a changé. Pas parce que j'ai changé d'outil ou de méthode. Parce que j'arrive à la conversation dans un état différent.

Ce n'est pas l'IA qui a changé. C'est moi.

L'IA se consomme comme de l'énergie extravertie

J'ai une énergie extravertie (très-trop) limitée. Les interactions sociales m'apportent quelque chose, mais elles me coûtent aussi. Passé un certain seuil, je sature.

Je traite les échanges avec l'IA de la même façon. Ce n'est pas un outil passif que j'utilise sans m'y impliquer. C'est un échange qui demande de la présence, du jugement, de la décision à chaque étape. Rester trop longtemps dans cet état de présence active me vide de la même façon qu'une réunion.

30 minutes est ma limite. Au-delà, la qualité de mes décisions dans la conversation baisse. Je commence à accepter des directions que j'aurais questionnées en début de session. Je perds le fil de ce que je voulais vraiment obtenir.

Comment définir votre limite

Il n'y a pas de règle universelle. Mais il y a des questions utiles à se poser avant d'ouvrir une session.

Quel est mon niveau d'énergie disponible en ce moment ? Si la réponse est "faible", c'est le mauvais moment pour une session de réflexion stratégique. C'est peut-être le bon moment pour une tâche simple : relecture, traduction, réponse à un avis client (ou se reposer ?). Des usages qui ne demandent pas de jugement de votre part.

Qu'est-ce que je veux avoir en main dans 30 minutes ? Une direction claire, un texte relu, une question résolue. Si vous ne pouvez pas répondre à cette question avant de commencer, la session risque de partir dans tous les sens.

Comment je sais que c'est suffisant ? Pour moi c'est quand j'ai quelque chose d'actionnable immédiatement après la session. Un pas en avant concret.

Ce cadre n'est pas une contrainte imposée de l'extérieur. C'est une protection que vous devez poser contre votre propre curiosité.

Mettre un cadre, c'est une compétence

Ce que mon mentoré a fait avec son ami, demander à limiter le flux d'idées, c'est exactement ce que vous devez apprendre à faire avec l'IA. Et avec vous-même.

La finitude que je prône ne s'applique pas qu'aux activités professionnelles ou au temps de travail. Elle s'applique aussi à la façon dont vous consommez l'information et les outils qui la produisent.

Une constellation professionnelle qui fonctionne repose sur des limites choisies à chaque niveau. Le nombre d'activités. Le nombre de clients. Le temps consacré à chaque projet. La quantité d'information traitée par session.

Sans ces limites, vous optimisez jusqu'à l'épuisement. Avec l'IA ou sans elle.

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