- 2 mars
L'IA sans limite est du bruit : pourquoi je m'arrête après 30 minutes
- Tiffany Colas
- IA & Outils
Temps de lecture : 6 minutes
Dernière mise à jour le 12 août 2026
Un de mes mentorés m'a raconté l’autre jour qu'il avait demandé à un ami de limiter ses recommandations et nouvelles idées dans leurs conversations. Pas parce que l'ami était ennuyeux. Bien au contraire, parce que son flux d'idées le débordait. Il n'arrivait plus à agir sur ce qu'il recevait. Cela l’angoissait.
J'ai pensé à moi en l'écoutant. Et à ma nouvelle « relation » avec l'IA.
Je pourrais y passer des heures
L'IA me fascine. Quand j'ouvre une conversation sur un sujet qui m'intéresse, je pourrais continuer pendant des heures. La matière est inépuisable, les angles se multiplient, chaque réponse ouvre des nouvelles directions. Il y a un côté magique qui satisfait quelque chose en moi.
Et pourtant je m'arrête. Rapidement et souvent brutalement. Pas par manque d'intérêt, mais parce que j'ai appris ce qu'il se passe quand je ne m'arrête pas.
Ce qui sort d'une session trop longue est trop grand pour moi. Trop de matière, trop d'idées, trop de directions possibles. Je me retrouve avec trop d'information dans ma tête que je ne sais plus comment intégrer. Rien n'est actionnable parce que tout l'est potentiellement.
30 minutes concentrées produisent quelque chose que je peux utiliser immédiatement, voire pendant plusieurs jours. Davantage de temps produit quelque chose que j'archive sans jamais y revenir.
Le « moi d'avant » ne savait pas s'arrêter
Mais ce n'est pas une discipline que j'ai toujours eue. Quand je découvre un sujet qui m'intéresse, j'ai tendance à m'y immerger complètement. L'investissement immobilier, le human design, l'astrologie, la cryptomonnaie. À chaque fois, des heures et des heures à tout lire, tout comprendre, tout cartographier avant même d'avoir fait quoi que ce soit.
C’était une façon de fonctionner qui a eu des avantages. Elle m'a permis de comprendre des sujets en profondeur rapidement. Mais elle a aussi eu un coût : l'épuisement par une consommation excessive de connaissances, avant même d'être passée à l'action.
L'IA m’a donc paru dangereuse dès les premières utilisations. Jamais à court de matière, jamais de fin naturelle à la conversation (sauf l’épuisement des tokens disponibles, mais qui tarde à arriver).
La fatigue change tout
Ce que j'ai compris progressivement est que ma capacité à bien consommer l'IA dépend directement de mon état mental au moment où je l'ouvre.
Pendant les années où je gérais encore l’opérationnel de mes gîtes moi-même, je finissais mes journées avec une fatigue mentale déjà installée (et parfois je commençais la journée avec celle-ci encore là) . Dans cet état, l'IA devenait contre-productive. Je n'avais plus la capacité de trier, de prioriser, de décider quoi faire de ce qu'elle produisait. La matière s'empilait sur une fatigue déjà là.
Depuis que j'ai délégué complètement la gestion des gîtes (à l’automne 2025), j'ai récupéré un espace mental. Et ma façon d'utiliser l'IA a changé. Pas parce que j'ai changé d'outil ou de méthode, mais parce que j'arrive à la conversation dans un état différent.
Bref, ce n'est pas l'IA qui a changé mais moi.
L'IA se consomme comme de l'énergie extravertie
J'ai une énergie extravertie très très limitée. Les interactions sociales m'apportent quelque chose, mais elles me coûtent aussi. Passé un certain seuil, je sature.
Je traite les échanges avec l'IA de la même façon. Ce n'est pas un outil passif que j'utilise sans m'y impliquer. C'est un échange qui demande de la présence, du jugement, de la décision à chaque étape. Rester trop longtemps dans cet état de présence active me vide de la même façon qu'une réunion avec plusieurs personnes.
30 minutes est ma limite. Au-delà, la qualité de mes décisions dans la conversation baisse. Je commence à accepter des directions que j'aurais questionnées en début de session... Et surtout je perds le fil de ce que je voulais vraiment obtenir.
Comment définir votre limite
Il n'y a pas de règle universelle. Mais il y a des questions utiles à se poser avant d'ouvrir une session.
Quel est mon niveau d'énergie disponible en ce moment ?
Si la réponse est "faible", c'est le mauvais moment pour une session de réflexion stratégique. Mais c'est probablement le bon moment pour une tâche simple : relecture, traduction, réponse à un avis client (ou se reposer ?). Des usages qui ne demandent pas de jugement de votre part.
Qu'est-ce que je veux avoir en main dans 30 minutes ?
Une direction claire, un texte relu, une question résolue. point. Si vous ne pouvez pas répondre à cette question avant de commencer, la session risque de partir dans tous les sens.
Comment je sais que c'est suffisant ?
Pour moi c'est quand j'obtiens quelque chose d'actionnable immédiatement après la session. Un pas en avant très concret.
Ce cadre n'est pas une contrainte imposée de l'extérieur. C'est une protection que vous devez poser contre votre propre curiosité.
Mettre un cadre est une compétence
Ce que mon mentoré a fait avec son ami, demander à limiter son flux d'idées, c'est exactement ce que vous devez apprendre à faire avec l'IA.
La finitude que je prône ne s'applique pas qu'aux activités professionnelles ou au temps de travail. Elle s'applique aussi à la façon dont vous consommez l'information et les outils qui la produisent.
Une constellation professionnelle qui fonctionne repose sur des limites choisies à chaque niveau. Le nombre d'activités. Le nombre de clients. Le temps consacré à chaque projet. Et aussi la quantité d'information traitée par session avec une IA.
Sans ces limites, vous optimisez jusqu'à l'épuisement. Avec l'IA et même sans elle.
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