- Mar 10, 2026
Quitter les réseaux sociaux en tant qu'entrepreneur : ce que j'ai vraiment perdu et gagné
- Tiffany Colas
- Finitude & Équilibre
Temps de lecture : 6 minutes
En juillet 2023, j'ai désinstallé Instagram et Facebook. Pas pour un défi de 30 jours. Sans date de retour prévue.
J'avais plusieurs activités à développer : une marque de gîtes touristiques à Blois, une newsletter en construction, un mentorat embryonnaire. Tout ce qu'on m'avait toujours dit d'avoir pour réussir en ligne, je l'abandonnais.
Ce que personne ne dit vraiment sur ce choix, c'est qu'il n'est pas simple quand on est entrepreneur. Ce n'est pas juste une question de bien-être personnel. C'est un choix professionnel qui a des conséquences réelles. Et je veux être honnête sur les deux côtés.
Ce que j'ai perdu
Visibilité immédiate, d'abord. Instagram et Facebook restent des outils de notoriété efficaces pour les activités locales. Mes gîtes auraient probablement bénéficié de comptes actifs montrant les espaces, l'ambiance, les saisons. Je ne le fais pas. Et je ne peux pas prétendre que ça ne coûte rien.
Accès aux tendances, ensuite. Quand on scrollait, on captait des signaux faibles sur ce que les gens cherchent, ce qui les touche, ce qui circule. Ce flux d'information disparaît. Il faut aller la chercher autrement, plus activement, avec plus d'intention.
La facilité du lien informel, enfin. Certaines relations professionnelles se tissaient naturellement via les interactions sur ces plateformes. Un commentaire, un partage, une story. Sans ça, le lien demande plus d'efforts.
Je ne minimise pas ces pertes. Pour certains entrepreneurs, elles seraient rédhibitoires.
Ce que j'ai gagné
La première chose que j'ai récupérée, c'est du temps de cerveau disponible.
Pas juste du temps au sens horaire. Du temps mental. Avant, une story vue le matin pouvait parasiter mes pensées jusqu'au soir. Ce bruit de fond constant, je ne mesurais pas à quel point il occupait de l'espace.
Ma concentration s'est rétablie sur des formats longs. Je lis des articles entiers. J'écris des textes complets. Je pense un sujet jusqu'au bout avant de passer au suivant. C'est devenu la base de mon travail de création de contenu.
La deuxième chose, c'est la cohérence.
Ma constellation professionnelle repose sur un principe : choisir délibérément ce qu'on fait et ce qu'on refuse. Continuer à scroller chaque matin en sachant ce que ça me coûtait aurait créé une contradiction que j'aurais portée dans tout ce que je produis. La déconnexion n'est pas un message que je prône. C'est d'abord un choix que j'ai fait pour moi.
La troisième chose, plus inattendue, c'est que l'audience a quand même grandi.
En mars 2026, la newsletter dépasse 800 abonnés avec un taux d'ouverture de 45%. Tout ça sans Instagram, sans LinkedIn actif, sans TikTok. Par le SEO, par Substack Notes, par le bouche-à-oreille. La croissance est plus lente que si j'avais multiplié les canaux. Mais elle est composée de lecteurs qui ont fait la démarche de me trouver.
Le vrai sujet : peut-on développer une activité sans réseaux sociaux ?
ça dépend de votre modèle.
Si vous vendez à des particuliers et que votre produit se montre bien visuellement, Instagram reste difficile à ignorer. Si vous ciblez des décisionnaires B2B, LinkedIn garde une vraie utilité professionnelle. La déconnexion totale n'est pas une posture universelle.
Ce qui me permet de m'en passer, c'est une combinaison de trois choses :
un contenu qui peut être trouvé via la recherche (SEO),
une plateforme de newsletter avec sa propre dynamique d'acquisition (Substack),
et des activités qui ne reposent pas sur ma visibilité personnelle pour générer des revenus (les gîtes fonctionnent via Airbnb, Booking et les réservations directes).
Si l'un de ces trois éléments manquait, le choix serait probablement différent.
Ce que ça change dans la pratique
La question qui revenait le plus dans les commentaires de mon article original était : "Mais comment vous faites pour ne pas y retourner ?"
Voici ce qui a fonctionné pour moi.
D'abord, la désinstallation totale des applications, dès le premier jour. Pas de raccourci, pas de "juste pour vérifier". La friction doit être réelle. Quatre heures après ma décision en juillet 2023, je me suis retrouvée à scroller Instagram sans en avoir eu conscience. Le téléphone était dans ma main, l'application ouverte. Désinstaller a été la seule solution efficace.
Ensuite, remplacer le vide par quelque chose d'intentionnel. Les pauses existaient avant pour regarder des stories. Elles doivent exister après pour faire autre chose. J'ai mis du temps à trouver quoi, et c'est normal.
Enfin, ne pas se tromper d'objectif. Je n'ai pas quitté les réseaux sociaux pour être plus productive ou pour faire une cure. Je l'ai fait parce qu'un matin de juillet 2023, un contenu m'a suffisamment perturbée pour que je décide d'arrêter. La motivation était personnelle avant d'être professionnelle. C'est peut-être pour ça que ça a tenu.
Ce que ce choix dit d'une constellation professionnelle
Dans une constellation, chaque activité a une raison d'être, des limites définies, et un coût réel assumé.
Quitter les réseaux sociaux, c'est aussi ça : identifier ce qu'une activité vous coûte réellement, pas seulement ce qu'elle pourrait théoriquement vous apporter. Et décider en connaissance de cause.
Ce n'est pas un conseil. C'est un exemple de ce que ça signifie de piloter ses choix professionnels plutôt que de les subir.
Pour aller plus loin sur la façon dont je construis ma constellation sans réseaux sociaux, la newsletter détaille chaque semaine les coulisses de ce système. L'abonnement est gratuit.