- 1 juin
Combien d'activités peut-on gérer sans s'épuiser ?
- Tiffany Colas
La mauvaise question, c'est combien d'activités. La bonne, c'est combien en phase intense en même temps.
C'est une des questions qui revient le plus souvent en mentorat. Combien d'activités peut-on gérer sans s'épuiser ? Trois ? Cinq ? Sept ? Les gens veulent un chiffre. Un chiffre, c'est rassurant, ça permet de se situer.
Sauf que la question est mal posée.
Pendant longtemps j'ai cherché ce chiffre moi aussi. J'ai lu des articles qui défendaient trois activités maximum, d'autres qui en autorisaient cinq, d'autres encore qui parlaient de la règle 70/20/10. Tous ces conseils avaient un point commun : ils traitaient les activités comme des unités équivalentes. Comme si gérer cinq activités revenait à gérer cinq fois la même chose.
Mon expérience me dit l'inverse.
En été 2024, j'avais quatre étoiles dans ma constellation : notre marque de gîtes, nos investissements, ma newsletter, le mentorat en lancement. J'étais saturée. Je travaillais le dimanche. Mon dos lâchait. Je me disais que j'avais une activité de trop.
En juin 2026, j'ai exactement le même nombre d'étoiles : toujours les gîtes, les investissements, la newsletter, le mentorat. Plus les produits digitaux qui montent en charge. Cinq étoiles, donc, pas quatre. Et pourtant aucune fatigue, aucune dispersion.
Même profil de constellation à un an et demi d'écart. Une version qui m'épuisait, une qui me laisse de l'air. Le facteur de différence n'était pas le nombre.
Ce qui épuise n'est pas la quantité, c'est la simultanéité
Une activité ne demande pas la même chose tout au long de sa vie. Elle traverse des phases. Et c'est cette donnée que la question "combien d'activités" passe complètement sous silence.
Quand je regarde mes étoiles avec ce filtre, le tableau de l'été 2024 devient lisible :
- Gîtes = optimisation intense
- Newsletter = création active, recherche du fil rouge
- Mentorat = lancement
- Investissement = going stable
Trois activités sur quatre étaient en phase haute énergie en même temps. Une seule tournait en routine. Voilà ce qui m'épuisait.
En juin 2026, le même bilan donne autre chose :
- Gîtes = going stable
- Newsletter = going créatif maitrisé
- Mentorat = croissance active
- Investissement = going stable
- Produits digitaux = création active
Deux activités en haute énergie, trois en mode stable ou maîtrisé. La même personne, le même cerveau, mais une charge cognitive sans commune mesure.
Le nombre d'étoiles n'a pas changé de façon décisive entre les deux périodes. Ce qui a changé, c'est leur composition par phase.
Les quatre phases d'une activité
Toute activité passe par quatre phases successives. Aucune ne saute d'étape, aucune ne reste figée. Reconnaître la phase d'une activité, c'est reconnaître son coût réel.
Création. L'activité existe sans encore exister vraiment. On tâtonne, on teste, les résultats sont incertains. Énergie haute, retour sur investissement faible. Une activité en création coûte cher en attention. C'est normal, c'est sa nature.
Optimisation. L'activité fonctionne, mais on construit les systèmes qui la rendront tenable. Standardisation, automatisation, documentation. Énergie encore haute, mais elle commence à être convertible. Mes gîtes ont passé deux ans dans cette phase, entre 2022 et 2024.
Plateau. Tout marche, les résultats sont prévisibles, et c'est précisément ça qui peut devenir piégeant. Le plateau n'est pas une fin, c'est un carrefour. Trois sorties possibles : la transformation (déléguer, refondre), la sortie (arrêter), ou la stagnation par évitement.
Going stable ou renouveau. L'activité est devenue un socle. Elle continue à produire avec un investissement faible.
Ces quatre phases ne consomment pas la même énergie cognitive. Une activité en création est cinq à dix fois plus coûteuse qu'une activité en going stable. C'est pour ça qu'additionner des activités sans regarder leurs phases ne dit rien d'utile.
Le vrai critère : la règle de désynchronisation
Si la quantité n'est pas le bon repère, qu'est-ce qui en est un ? Voici ce que j'observe sur ma constellation et celles de mes mentorées : la règle qui tient, c'est la désynchronisation des phases.
Concrètement, trois conditions à vérifier en permanence :
- Une seule activité en phase haute énergie à un instant donné. Deux à la rigueur, et seulement temporairement. Trois et plus, c'est la saturation garantie, quel que soit le nombre total d'étoiles.
- Au moins une activité en going stable qui finance ou soulage les autres. Sans socle, chaque mouvement coûte. Le socle, ce n'est pas une activité ennuyeuse, c'est une activité qui a été construite assez longtemps pour ne plus exiger d'attention quotidienne.
- Aucune activité en plateau non traité. Une activité en plateau qu'on laisse pourrir devient une charge mentale invisible. On ne s'en occupe pas, mais elle continue à occuper de la place.
Tant que ces trois conditions sont remplies, ajouter une étoile est jouable. Dès qu'une seule saute, c'est l'inverse : retirer une étoile devient prioritaire, peu importe combien on en a.
Exercice : cartographier ses étoiles par phase
Pas besoin d'outil externe pour faire ce diagnostic. Liste tes activités sur une feuille. Pour chacune, réponds à ces trois questions dans cet ordre :
Première question : depuis combien de temps cette activité existe sous sa forme actuelle ? Si la réponse est "moins d'un an", c'est probablement de la création. Entre un et trois ans, optimisation. Au-delà, soit going stable, soit plateau, à départager avec la question suivante.
Deuxième question : si je n'y touche pas pendant deux semaines, qu'est-ce qui se passe ? Si tout s'effondre, c'est que l'activité n'est ni en going stable ni en renouveau, peu importe son âge. Si tout continue à tourner, c'est un socle. Entre les deux, c'est un plateau qui demande une décision.
Troisième question : dimanche soir, quand je pense à cette activité pour la semaine qui arrive, qu'est-ce que je ressens ? Cette question recoupe ce que je propose dans Le Révélateur. Une activité qui produit un -3 le dimanche soir n'est pas dans la même phase qu'une activité qui produit un +1, même si elles génèrent le même chiffre d'affaires.
Une fois la cartographie faite, compte. Combien d'activités en haute énergie (création ou optimisation) ? Combien en going stable ? Si tu as plus d'une activité en haute énergie, tu as ta réponse à la question "pourquoi je suis fatigué", et elle n'a rien à voir avec un chiffre limite.
Le seuil personnel n'est pas un chiffre universel
Reste une question. Y a-t-il un nombre maximum d'activités, même si elles sont bien désynchronisées ?
Honnêtement, je ne crois pas qu'on puisse répondre à ça pour les autres. Mon seuil personnel actuel se situe autour de cinq étoiles, à condition que trois soient en mode stable. Mais ce seuil dépend de mon âge, de mon contexte familial, de mon énergie disponible, de la complexité opérationnelle de chaque activité. Il a évolué, il évoluera encore.
Ce que je peux affirmer, c'est que les chiffres affichés en couverture des livres de productivité ne sont pas des règles. Trois activités, c'est un repère, pas une vérité. Cinq, c'est une moyenne, pas une limite. Le seul chiffre qui ait du sens, c'est celui qu'on observe chez soi en regardant non pas combien on en a, mais comment elles se répartissent dans leurs cycles.
Le mythe d'une règle universelle a un coût caché. Il pousse certains à s'auto-limiter alors qu'ils pourraient porter davantage, et il rassure d'autres qui multiplient les activités sans regarder leur état réel parce qu'ils sont sous le seuil affiché.
Ce qui rend une constellation tenable
La question "combien d'activités peut-on gérer sans s'épuiser" est une question de débutant. Elle suppose qu'une activité est une unité comptable. Elle ignore le facteur temps, le facteur cycle, le facteur composition.
La question utile est différente : combien d'activités en phase haute énergie est-ce que je peux porter en même temps, et quelle composition de phases me garantit de tenir ?
Pour moi la réponse est une étoile en haute énergie, deux à la rigueur, et au moins deux socles stables qui financent et apaisent le reste. Pour toi la réponse sera autre. Ce qui ne changera pas, c'est que la réponse se trouve dans la composition, pas dans le total.
Si tu veux poser ce diagnostic de façon plus structurée sur ta propre constellation, j'ai construit Le Révélateur autour de cette logique. Cinquante questions qui interrogent chaque activité sur ses cinq dimensions, dont la phase et le coût énergétique réel. À la fin, tu sais où tu en es, étoile par étoile.